Mes Premières Ruches

Menace du frelon asiatique – Interview #1 – Pascal

frelon asiatique

Dans cette première interview, j’ai rencontré Pascal, un apiculteur amateur, qui essaye cette année l’achat de reines pour ses essaims et dont les ruches sont sous la pression du frelon asiatique depuis plusieurs années.

C’est la première interview d’une longue série ! Je me suis en effet lancé le défi d’interviewer 2 apiculteurs amateurs par mois, et cela pendant un an, soit un total de 26 interviews en un an !

Découvrez la page de présentation de mon défi en cliquant ici

Cette première interview a été réalisé en région Provence-Alpes-Côte d’Azur pendant mes vacances d’été, c’était au mois d’août juste après la récolte. J’ai rencontré cet apiculteur dans le petit village dans lequel ma femme et nos enfants étions en vacances. L’apiculteur s’appelle Pascal.

Champ de lavandes en Provence
Champ de lavandes en Provence. Un régal pour les abeilles !

Préambule

Précision: les interviews sont réalisées auprès des multiples apiculteurs que j’ai rencontrés au gré de mes recherches. Vous allez écouter leur histoire, leur passion pour les abeilles et leurs techniques. Leurs propos n’engagent qu’eux ! Je ne défends pas une méthode plutôt qu’une autre, leurs opinions leur sont propres même si j’ai clairement un penchant vers les solutions naturelles et biologiques 🙂

Vous aurez forcément appris une chose en écoutant chaque interview et c’est le but ! 🤗

Chaque apiculteur a ses petits secrets, ses petits trucs et nous avons la chance qu’ils nous les partagent ! 

Bonne écoute et bonne immersion dans leur histoire !

Pourquoi est-ce que vous avez commencé l’apiculture Pascal ?

Pascal: j’ai été séduit par cet animal magnifique et enchanteur qu’est l’abeille : son système de vie, de vie sociale. Et puis tout ce qu’elle fait c’est magique. Tout ce que font les abeilles, c’est magique.  Et quand j’ai commencé et bien je ne me suis plus arrêté.

Qui est-ce qui vous a fait découvrir l’apiculture ? 

Pascal: j’ai découvert l’apiculture avec un copain qui s’appelle Paul. En fait, c’est un apiculteur qui habite à côté de chez nous qui avait un collègue, apiculteur professionnel, qui prenait sa retraite et il revendait ses ruches complètes. D’abord, mon copain Paul en a acheté une et l’année d’après, c’est moi qui en ai acheté une. Et puis comme on a perdu chacun notre ruche solitaire donc on s’est retrouvé comme des pauvres malheureux et on a décidé de faire une association et d’en prendre 4, 5 ruches. Et là, on est arrivé à  9 ruches.

Pour arriver à 9 ruches, vous avez acheté d’autres essaims ou vous avez acheté des reines pour vos abeilles ?

Pascal: non, non. Le seul essaim que l’on ai acheté c’est le premier et après cela on n’a plus rien acheté. Ah si ! On a acheté cette année des reines Buckfast pour voir un petit peu ce que ça peut donner au niveau production l’année prochaine. On est intéressé aussi par la facilité d’approche de la ruche parce que la Buckfast est une abeille douce, pas agressive du tout, très productrice. Elle gère bien les provisions normalement si on lui laisse la place.

Et puis , c’est à nous de gérer les provisions et de ne pas piller la ruche. 

Comment vous faites à l’approche de la récolte pour le miel qui a été récolté ? Vous en laissez aux abeilles une partie ? Une pourcentage que vous laissez pour l’hiver ? 

Pascal: non, non. On ne redonne pas du miel récolté parce que l’on laisse le miel directement dans les cadres. Quand on récolte des hausses, il y en a qui ne sont pas encore operculées donc on les laisse dans la hausse directement.

Cadre miel operculé
Cadre de ruche avec la moitié du miel operculé et la moitié non operculée

En fait, les ruches Langstroth on les hiverne avec une hausse parce qu’on laisse toujours aux abeilles du miel pour passer l’hiver. En plus, il y a l’automne qui va arriver avec tout le lierre donc elles vont pouvoir engranger encore des provisions pour l’hiver. Et donc là on va commencer à peser les ruches car cela commence à devenir la période la plus critique car elles commencent à manger leurs réserves, mais il y a des réserves à venir à l’automne, il y a plein de lierre. Ce n’est pas un miel bon pour nous, mais c’est bon pour les abeilles. On pèse les ruches et puis on tâche de leur en laisser un maximum, on va jamais taper dans le corps de la ruche déjà, on ne prend que dans les hausses. 

Ne serait-ce que parce que dans le corps il y a le résidu de nos traitements contre le varroa. On ne se sert pas dans le corps pour leur laisser leur propre nourriture et puis en plus, comme il risque d’y avoir des résidus d’Amitraz ou d’acide formique donc on ne prend jamais dans le corps.

A propos de vos ruches, vous avez des ruches Langstroth, pourquoi ? 

Pascal: on a commencé en Langstroth et après on a récupéré d’autres ruches, on nous en donné, on a racheté des vieilles choses. Et puis, on a mélangé Langstroth & Dadant. On a essayé la ruche Warré aussi, mais bon après c’était trop compliqué d’avoir 3 sortes de ruches, ce n’était pas pratique pour faire des divisions, des écrémages. On a gardé Langstroth et Dadant. Petit à petit, je pense qu’on va migrer sur la Dadant.  Pour le moment, on a 7 ruches Langstroth et 2 ruches Dadant, mais je pense qu’au fur et à mesure des essaims qui meurent, on verra pour transférer les Langstroth en Dadant, c’est plus pratique pour le peuple et pour la place.

Ruche Langstroth avec une hausse
Ruche Langstroth avec une hausse. On peut remarquer que le corps et la hausse font la même taille

C’est pour cela d’ailleurs qu’on laisse les hausses sur nos ruches Langstroth. Le premier étage de hausse de nos ruches a des peuples très vigoureux. La reine des abeilles pond automatiquement dans la première hausse et donc on met 2 hausses, 3 hausses. La 2ième et la 3ième hausse, c’est pour la récolte. Et la 1ère hausse, c’est pour la ponte. La reine a besoin de place. Au printemps, une reine qui est vigoureuse et jeune a besoin de beaucoup de place.

Est-ce que vous faites une sélection des reines en les renouvelant régulièrement ou vous laisser faire ? 

Pascal: on laisse faire. Jusqu’à présent, on ne les marquait pas, mais là on a récupéré des reines d’un ami belge, des reines Buckfast. Elles sont marquées en bleu, car c’est l’année du bleu (le bleu est utilisé pour les reines nées en année terminant par 0 ou par 5). Et pour remplacer les reines : on a isolé les anciennes reines pour orpheliner la ruche, puis on a reçu la nouvelle reine. L’essaim a ensuite fabriqué des cellules royales puis au bout de 8 à 9 jours, on supprime toutes les cellules royales. Les abeilles se retrouvent ainsi complètement orphelines sans oeufs de moins de 3 jours pour faire de nouvelles reines, la reine qui arrive sera automatiquement acceptée à 99 %, c’est ce qui s’est passé.

On a gardé une reine sur les 4 ruches que l’on a orpheliné. 

Et vous avez eu 100 % de succès pour l’introduction de nouvelles reines dans les 4 ruches ?

Pascal: oui, on a eu 100 % de succès.

On a reçu les reines avec les accompagnatrices, on les a reçues dans de petites cages à reine avec des provisions de candi pour le voyage et quand on insère la reine dans sa cage, on la pose sur les cadres, et on voit les abeilles se précipiter sur la cage. Avant de poser la cage, il faut ouvrir une petite porte en plastique. Les abeilles sont tout de suite attirées par la nouvelle reine, elles sentent les phéromones de la nouvelle reine. Si elles ne vont pas dessus, c’est louche. Quand on a mis la cage sur les cadres, c’était noir d’abeilles. On a pris un clou pour mettre la cage perpendiculaire aux cadres, et le lendemain quand on est arrivé le candi était mangé et les reines étaient sorties. Elles ont toutes été acceptées.

Comment est-ce que vous avez appris l’apiculture ? 

Pascal: avec des bouquins comme le « Traité de l’apiculture, le Rustica » qui est assez bien foutu et très complet. C’est une belle Bible. 

On a aussi un copain qui fait cela depuis 30 ans, c’est lui qui nous a appris à faire les divisions, les réunions, les traitements.

J’en apprends tous les jours ! Avec Paul, nous avons mis 1 an 1/2 à 2 ans à pouvoir nous débrouiller tout seuls, à peu près. C’est facile, ce n’est pas très compliqué. Il faut être doux, il ne faut pas être brutal avec les abeilles. Au début, j’avais tendance à être un petit peu brutal lors de la première récolte c’était une agression notoire. Ce n’était pas terrible pour les gens qui étaient dans le voisinage, mais après ça s’est passé très bien, on fait ça délicatement, on enfume bien correctement. Donc voilà en deux ans, on n’était pas mauvais.

Et cela fait combien de temps que vous avez commencé ? 

Pascal: cela fait 8 ans que nous avons commencé l’apiculture. Et c’est toujours aussi génial. Et je pense que même si je ne fais pas de miel, je ferai quand même de l’apiculture. Parce que c’est vachement utile pour la pollinisation de nos jardins et c’est tellement fascinant comme peuple.

Et comment vous voyez l’avenir de l’apiculture ? 

Pascal: je ne sais pas. Je ne suis pas très optimiste, comme vous le savez l’agrochimie pousse pour que l’on n’arrête jamais les néonicotinoïdes (explication sur ce que sont les néonicotinoïdes). D’ailleurs même en France, on parle de les ré-autoriser dans les cultures de betteraves parce que les agriculteurs se plaignent que les pucerons bouffent leurs betteraves et qu’elles jaunissent et donc normalement, c’était interdit et là ‘PAF’ ils demandent une rallonge de trois ans. Je ne suis pas très optimiste parce que c’est le fric qui prime d’abord avant tout et pas la santé des gens. Et la santé des gens, elle passe par la santé des abeilles à mon sens donc je ne suis pas très optimiste.

Pulvérisation produit champ abeille
Pulvérisation de produits sur un champ

De toute façon, si les abeilles disparaissent même si nos petits cadors de l’agrochimie créent des drones ou des machines pour essayer de polliniser artificiellement, je pense que ça ne suffira pas. Et il n’y a pas que nos abeilles, tous les pollinisateurs sauvages sont très importants aussi donc eux aussi en souffrent, ils crèvent des produits chimiques dont je suis pas vraiment optimiste. 

Depuis vos 8 années de pratique d’apiculture, quelle a été votre plus grande difficulté ? Est-ce le temps à consacrer ?

Pascal: non, ce n’était pas un problème de temps parce que quand j’ai commencé j’étais pratiquement à la retraite puis j’étais à mon compte donc je travaillais assez peu j’avais des plages de liberté tranquille. Ce n’est pas énormément de travail, mais il faut être assidu et assez régulier parce qu’il ya des périodes où il faut s’en occuper plus que d’autres. Là en ce moment, c’est un peu plus cool parce qu’il n’y a pas grand chose à faire, mais au printemps si on veut éviter les essaimages, il faut faire attention à toutes les nouvelles reines qui peuvent arriver.

Même si les reines d’abeilles sont jeunes, cela peut arriver que les populations essaiment quand même. C’est l’avantage de la Buckfast, c’est qu’elle essaime très peu donc c’est pour ça qu’on fait cette expérience-là, mais sinon, non je n’ai jamais eu de problèmes à gérer et depuis que je suis à la retraite c’est un bonheur.

Et avec le confinement ?

Et puis le confinement ça a été super génial, les abeilles se sont régalées cette année : pas de forestiers pour faire du bruit, très peu de produits chimiques déversés dans les champs pas de tonte des talus et des abords de routes tout ca poussait y avait des fleurs de partout, le miel est monté à une vitesse. En plus, la météo était propice. Il y avait tous les éléments pour avoir une excellente année donc les apiculteurs sont tous contents cette année. Sauf le sud-ouest, où il a beaucoup plu et ça ça a descendu les fleurs et le pollen et il a beaucoup trop plu pendant la floraison. Sinon tout le reste ça va a part là où les grandes monocultures intensives qui nous font des cochonneries.

Combien de temps vous y consacrez par mois ? 

Pascal: ca dépend des périodes. En période de printemps, c’était environ 2 à 3 heures par semaine à peu près en moyenne. Parfois, c’était deux heures et parfois c’était quatre heures. Ca dépend du travail qu’on avait à faire sur les ruches, on n’a pas beaucoup de ruches, on n’en a que 9.  Ce qui nous prend le plus de temps, ce sont les balades entre les lieux, parce que nous avons plusieurs ruchers, trois en tout, nous en avions 4 avant.

Sur un de nos ruchers nous avons pas mal d’attaques de frelon asiatique, et quand ils me voient, ils ne sont pas cons, ils voient très bien un prédateur. On va essayer l’appât avec le miel fermenté, c’est ce que disent les apiculteurs qui ont trouvé le bon moyen d’attirer le frelon asiatique, c’est que dès qu’il y a un piège qui marche la pression sur la ruche diminue de 80 % donc il faut trouver le bon truc. Apparemment, un ami apiculteur a trouvé que le miel fermenté est le meilleur appât à frelon asiatique si ça pouvait marcher en attendant les phéromones qui va les attirer de façon drastique. Je ne sais pas si le CNRS travaille dessus, ils ont travaillé pas mal sur les pièges pour les frelons au début, mais je n’ai pas entendu parler des résultats de recherches. 

Maintenant, je suis tombé amoureux du frelon européen, c’est vrai ! J’ai compris d’abord son intérêt, il fait partie de l’écosystème de notre écosystème et pas le frelon asiatique qui lui est arrivé ici comme un cheveu sur la soupe enfin comme un cheveu sur une poterie chinoise plutôt. Mais le frelon européen lui, il a son utilité, il a véritablement un rôle à jouer dans notre écosystème ça bouffe des mouches, quelques abeilles, mais c’est pas grave. C’est le tribut à payer pour avoir un auxiliaire de jardin qui est extraordinaire.

J’ai appris plein de choses sur lui, parce que j’ai regardé des tutos de mecs qui sont amoureux des frelons européens et c’est drôle parce qu’ils en parlent avec brio.

On se rend compte que voilà les prédateurs qui nous ont emmerdé nos deux premières années d’apiculteurs et bien finalement, ce n’est rien à côté de cette saloperie qui est en  train de nous pourrir la vie, je suis presque aussi stressé que mes abeilles. Donc on verra si notre procédé marche et si on arrive à modérer un peu les attaques, essayer d’en éradiquer le maximum pour avoir des attaques minimales. Là, ça va pour l’instant, on est arrivé à gérer l’année dernière, j’espère que cette année, on va y arriver. Parce qu’avec 5 ruches, on a eu 0 morts pendant l’hiver, c’est pas mal, on était content en plus les ruches étaient des bombes atomiques au mois de mars.

D’habitude, on en perd tous les ans, tous les hivers, on perd au moins une ruche voire deux. Notre cheptel oscille entre 5 et 10 ruches quand on avait 8 ruches et qu’on en perdait 2, c’était courant les années d’avant. Là, on en a perdu zéro ça veut dire qu’on s’en est bien occupé à l’automne, qu’on les a bien protégées des frelons et qu’on leur a laissé suffisamment de nourriture pour qu’elles passent un hiver tranquille. 

Comment vous faites pour peser vos ruches pendant l’hiver ? 

Pascal: sur les côtés de la ruche, on a des poignées, donc on pèse d’un côté et on pèse l’autre on ajoute les deux poids. Pour une ruche Langstroth, il faut compter 30 à 32 kg pour qu’elle passe un hiver sympa et 35 à 37 kg pour une ruche Dadant. S’il y a moins de cadres, il faut mettre un séparateur (partition) afin qu’elles aient moins de surface à chauffer.

Nos ruches sont pleines en cette fin de saison, les essaims sont répartis sur tous les cadres.

Et vous hivernez la ruche sur combien de cadres ? 

Pascal: on hiverne sur le maximum de cadres possible.  On met un petit isolant en bas de la ruche,  pas trop important afin qu’il y ait une ventilation parce qu’on a des grilles en dessous donc on laisse toujours la grille qui ventile parce qu’il faut avoir de l’air même en hiver, c’est important. C’est par cette grille que tous les déchets passent, cela permet d’économiser un petit peu de boulot aux femmes de ménage enfin aux abeilles de ménage. 

On se sert également de la grille à l’intérieur de la ruche pour le varroa afin de compter les varroas qui sont tombées en appliquant le traitement de l’amitraz. On mettait une plaque blanche que l’on graissait avec du beurre ou de l’huile, on posait la plaque sous la ruche, plus précisément sous le grillage de la ruche, on mettait ensuite 8 gouttes d’Amitraz à 2,5%. Le lendemain, on recueillait la plaque blanche. Cela avait l’avantage d’avoir une évaluation d’infestation du varroa dans la ruche en comptant le nombre de varroa sur la plaque. On peut voir l’étendu des dégâts pour savoir si on doit traiter encore environ 8 à 10 jours après. On fait 3 à 4 traitements avant l’hiver afin d’avoir un couvain d’hiver propre et sain.

Vous faites de manière systématique ? 

Pascal: on fait un traitement au printemps et en automne. Déja, l’Amitraz permet d’avoir une estimation de l’infestation, le premier traitement, on le fait à 1,5 %, ce n’est pas un traitement trop violent, de toute façon cela ne tue pas les abeilles, il y a peut-être une ou deux abeilles qui en meurent. Il faut passer le lendemain du traitement pour compter les varroas sur la plaque parce que sinon les abeilles vont nettoyer, c’est un insecte extrêmement propre et rigoureux. 

Si on revient 48 h après les varroas on été expulsés . 

La plaque peut être posée dans le fond de la ruche directement ou sinon dessous, au niveau du tiroir sous la ruche. En mettant la plaque au niveau du tiroir, là, c’est plus facile à compter. 

De toute façon, on alterne l’Amitraz avec l’acide formique.

Je viens d’apprendre un truc il y a un autre acarien ou petites bestioles qu’on peut acheter, on les met dans la terre puis on pose sa ruche dessus en enlevant au préalable le fond de la ruche, il pose la ruche à même la terre là où il y a ces bestioles et les abeilles vont se faire nettoyer par ses auxiliaires de santé.

Je trouve ça vachement intéressant, parce que là, on est carrément  dans le 100 % naturel.  L’acide formique, c’est relativement naturel, c’est quand même un traitement qui vient des bestioles, d’ailleurs il y a souvent des fourmis dans les toits parce que dans les toits, on met un isolant et au moins deux fois sur cinq il y a des fourmis qui rentrent dedans et qu’elles font leur nid dans le toit et je les laisse dedans parce qu’elles font bon ménage.

Elles ne rentrent pas dans la ruche parce que pour elles c’est interdit par contre au-dessus il n’y a pas d’abeilles dans le toit parce qu’il y a le couvre cadre qui isole donc les fourmis sont peinardes dans le toit, elles sortent par les bords du toit elles vivent leur vie, elles vont bouffer elles reviennent dans leur nid et tout ça fait deux peuples qui ont une vie assez similaire car il y a une reine chez les fourmis et une reine chez les abeilles c’est le seul cas où il y a deux reines dans une ruche  donc non ça dérange pas.

Quand l’hiver arrive et qu’on a besoin de faire une isolation propre, on est obligés de changer le toit parce que les fourmis bouffent tout c’est des galeries là-dedans c’est assez étonnant donc ça perd de son isolant et l’intérêt d’isoler la ruche c’est de l’isoler par le toit car sinon le froid tombe. Mais grâce aux fourmis ça fait de l’acide formique donc ça doit aider à lutter contre le varroa. On traite au début de la saison puis dès que l’on met les hausses, on arrête de traiter de toute façon, mais bon quand il n’y a pas de varroa on arrête de traiter et même quand il y a un ou deux varroas on arrête de traiter, ce n’est pas la peine de les intoxiquer. 

Il y a des théories, il y a les puristes qui ne traitent absolument pas. Ils disent que petit à petit, les abeilles vont arriver à gérer le varroa comme elles gèrent la fausse teigne. Pour la fausse teigne, il n’y a pas de traitement, on ne va pas pulvériser pour tuer le papillon. La fausse teigne tue une ruche qui est faible, une ruche qui va mourir donc c’est une théorie comme une autre. 

Et pour le frelon asiatique ?

Pour le frelon asiatique, on est obligé de les aider. Il y a une pression qui est vraiment, vraiment redoutable. Il y a des fois où on voit 4 à 5 bestioles devant. Et encore, on n’a pas le frelon asiatique géant, quand on aura le géant, je crois qu’il faut arrêter l’apiculture, là ce sera foutu. Apparemment les abeilles de Chine enfin le peu qui reste, il n’y en a plus beaucoup d’abeilles en Chine, mais le peu qui restent apparemment elles arrivent à se défendre. C’est logique, car de toute façon au bout d’un moment elles finissent par apprendre comment se défendre. Comme nos abeilles ont appris à se défendre face au frelon européen. 

Frelon asiatique boutons fleurs
Frelon asiatique sur des boutons de fleurs

Petit à petit, la nature s’adapte, mais le frelon asiatique géant je crois qu’elles vont toutes mourir avant de s’adapter, mais là c’est vraiment méchant. J’ai vu une vidéo, c’est impressionnant en une heure il n’y a plus de ruches. C’est d’ailleurs assez sadique de la part des cameramen parce qu’ils ont filmé en sachant que la ruche allait se faire exterminer il n’y avait pas de grille devant, aucune protection. 

Si, il y a une grille devant pour faire empêcher les prédateurs, ils n’auraient pas pu venir par là où ils commencent à attaquer les ruches. Les abeilles s’enferment, elles ne sortent plus. Cela dit,  elle est vouée à la mort aussi, si elle commence à s’enfermer et qu’elles ne sortent plus butiner. 

C’est le problème du frelon asiatique, c’est le stress qui fait confiner les abeilles à l’intérieur. Qui dit confinage dit plus de butinage, plus de butinage dit plus d’alimentation, plus d’alimentation alors la reine des abeilles arrête de pondre et là à l’automne si la reine arrête de pondre cela veut dire qu’elle n’aura pas d’ouvrière fraiches et non butineuses pour tenir les trois ou quatre mois d’hiver et la ruche meurt parce que sa population va mourir dans les semaines qui vont suivre le début de l’hivernage et c’est mort. Je  pense que ca a dû nous arriver il y a deux ans pour deux ruches je pense que c’était ça. Bon, il y a le varroa aussi, on a été assez prévoyants, on contrôle tout le temps, je pense pas qu’on se soit fait avoir par le frelon asiatique.

Que connaît-on sur le frelon asiatique ?

C’est relativement nouveau le frelon asiatique, on connaît son mode de vie, son mode de reproduction et sait que la lutte se fait contre le frelon asiatique au début et à la fin de la saison. C’est là où on piège les reines, mais ça ne suffit pas là la preuve c’est qu’il y en a encore donc on verra donc non, je suis pas vraiment très très optimisme parce que franchement quand j’entends parler les vieux apiculteurs qui faisaient de l’apiculture il y a 30 ans, ils n’avaient pas ce problème de frelons asiatiques, pas de varroas, les pesticides été beaucoup moins généralisés, il n’y avait pas encore tous ces problèmes de néonicotinoïdes. C’était, je mets une hausse, je reviens une semaine après je reprends ma hausse, j’en mets une autre et hop et c’était 30 kg de miel par ruche les doigts dans le nez.  

Je sais qu’en ce moment la moyenne des pertes est de 30 %, c’est même pas ça la moyenne parce que des fois, c’est le minimum alors ça dépend des régions. On n’est pas tous logés à la même enseigne mais il y a des régions où c’est 80 %, il y en a qui ont perdu 80 % de leurs ruches  pendant l’hiver avec des ruches qui sont en pleine santé, bourrées de nourriture, bourrées de pollen etc,… et plaf  très peu d’abeilles mortes dedans et plein d’abeilles mortes dehors, ça c’est typique des néonicotinoïdes. Les abeilles  peuvent s’arrêter et ne plus retrouver le chemin de leurs ruches à un mètre devant, c’est  con donc ouais non, c’était bien il y a trente ans.

Le gros problème, c’est le frelon asiatique en attendant cette espèce de salopard de géant, mais c’est vrai qu’il y a plein d’échanges ou de blogs. On se renseigne de tous les côtés pour savoir quel est le meilleur procédé donc je pense que l’on devrait pouvoir arriver à cantonner tout ça. À mon avis, le pire fléau dans un premier temps pour moi, c’est l’agrochimie avant le frelon asiatique. Je pense qu’avec le frelon asiatique, on arrivera plus à se débrouiller par contre les néonicotinoïdes ca les détruit, ça détruit leur système nerveux, ça détruit leur GPS.

L’agrochimie trouvera toujours des analyses, ils vous diront que c’est le varroa, c’est le frelon mais c’est pas nous, c’est toujours ça à chaque fois. Monsanto dit par exemple que le Roundup n’est pas un poison, ils disent même que l’on pourrait le boire, et là un journaliste qui a pris ce mec au mot lui dit « Aller, buvez-le » et il répond «Vous me prenez pour un con » c’était un aveu.

Lien vers la vidéo du lobbyiste de Monsanto

Donc ça va être dur de gérer ça avec des multinationales qui sont milliardaires et qui ont des moyens colossaux. Leur but premier, c’est de faire du fric , le reste pfffff.  Donc, à mon avis, c’est le plus gros problème, après le frelon géant qui n’est pas encore là, mais je crois qu’il est apparu aux états unis d’ailleurs et  ça fait des morts. C’est une bestiole qui fait 4 cm à 4,5cm pour les ouvrières et pour la reine ca doit être un bombardier, un B52, mais il y a eu des morts chez les hommes, bon il y a eu des morts avec les frelons asiatiques aussi chaque année-là quand même nos pauvres abeilles ne vont pas pouvoir résister. 

Si vous regardez une photo agrandie d’un frelon européen, c’est assez impressionnant quand même cette bestiole avec des mandibules comme ça, c’est un gros monstre. Mais le problème, c’est que le frelon asiatique géant va arriver, il faudrait qu’il y ait une campagne nationale. Que nos chers édiles pensent à autre chose que sauver les multinationales et qu’ils pensent d’abord à nos enfants. Les abeilles vivantes aujourd’hui, c’est la survie de nos enfants demain peut-être. Donc il faudrait un plan national, je crois que ce serait bien. Si on s’y met tous, on y arrivera. 

Guillaume: Merci beaucoup 

Pascal: Avec plaisir en tout cas et bonne chance pour les futures récoltes


Et vous, êtes-vous touché par les agressions du frelon asiatique ? Que faites-vous pour diminuer la pression sur vos ruches ?

Crédit musique du Podcast:

Carefree by Kevin MacLeod
Link: https://incompetech.filmmusic.io/song/3476-carefree
License: http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

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9 thoughts on “Menace du frelon asiatique – Interview #1 – Pascal

  1. Article édifiant avec un oint de vue complet et des questions pertinentes. Consommatrice quotidienne de miel, je suis bien plus sensible à la cause des abeilles depuis que je vis en ruralité. Je connaissais déjà les problématiques rencontrées mais le point de vue d’un apiculteur est toujours plus clair. C’est intéressant de lire qu’ils ont des astuces qui leur permette de protéger leurs abeilles contre les frelons asiatiques. Vivement que la législation soit plus exigeante face aux pesticides etc. On a envie de dire “vive le confinement” non ? Chez moi aussi il y a eu bien plus d’insectes cette année, c’est très plaisant ^^

  2. Super intéressant Guillaume ! Je ne savais pas que le frelon asiatique était un tel problème pour les abeilles. Je ne suis pas apicultrice, mais je suis sensible à la problématique des espèces envahissantes, ayant travaillé sur 3 d’entre elles chez les végétaux il y a quelques années. Que ce soit les animaux, les insectes ou les plantes, notre planète mondialisée permet tellement d’échanges que même ce qui ne devrait pas voyager si loin y arrive…

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