mes premieres ruches

Mes Premières Ruches

           apprendre l’apiculture de A à bzzzzzz, ensemble ! 

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Les forums d’apiculteurs sur Facebook sont des lieux de rencontres vraiment surprenants ! On peut aussi bien y rencontrer des apiculteurs qui ont des ruches Langstroth, que des apiculteurs qui y ont commencé à l’âge de 11 ans que des apiculteurs qui ont des ruches et qui n’y connaissent rien du tout ! 😢

C’est ainsi que j’ai rencontré Nicolas, un apiculteur amateur qui a 42 ans et qui habite dans le département du Gard, dans le sud de la France.

ruches Langstroth sud france
Nicolas est apiculteur dans le sud de la France

En préambule

Les apiculteurs avec qui j’ai eu le plaisir de discuter ont parfois des objectifs et des pratiques apicoles très différents. Vous allez découvrir leur histoire, leur passion pour les abeilles et leurs techniques. 

Chaque apiculteur a ses petits secrets, ses petits trucs et nous avons la chance qu’ils nous les partagent ! 

Bonne immersion dans leur vie !

Toutes les autres interviews sont disponibles sur cette page

Voici ce que vous découvrirez dans cette interview

  • Comment Nicolas a commencé l’apiculture à 17 ans
  • Comment est-ce qu’il a appris à faire des transhumances
  • Pourquoi est-ce qu’il a choisi des ruches Langstroth
  • Quel est l’objectif de Nicolas comme apiculteur ?
  • Pourquoi est-ce qu’il traite ses ruches à la cire microcristalline par trempage

Quelques mots sur Nicolas, apiculteurs avec des ruches Langstroth

Nicolas a commencé l’apiculture lorsqu’il était au lycée, il a suivi un apiculteur professionnel pendant 2 étés de suite, c’est comme cela qu’il a appris l’apiculture. Ill a également beaucoup appris en regardant des vidéos sur YouTube, notamment celles de Léandre d’une saison aux abeilles et Fred l’apiculteur, un apiculteur qui a une gestion exemplaire de ses ruches.

Sa saison commence de manière précoce comme il est dans le sud de la France. En effet, le printemps commence dès le mois de février/début mars en général dans les régions méditerranéennes françaises.

Nicolas a 5 ruchers et fait de transhumance lorsqu’il y a les premières sécheresses dans sa région. La clé selon son expérience est d’optimiser le cheptel au long des années: ruches en production, ruches à diviser, ruches à renforcer. Il faut avoir un aperçu d’ensemble de ses ruches.

Nicolas est Technicien Sanitaire Apicole (TSA) au Groupement de Défense Sanitaire Apicole (GDSA): c’est à dire qu’il est réalise des visites sanitaires régulières des ruchers des apiculteurs de son secteur afin de leur donner des conseils sur les maladies qui touchent les abeilles comme le varroa, la maladie noire, la nosémose …

Nicolas a choisi la Langstroth, car … c’est un format plus léger 😄

Comme traitement contre le varroa, il utilise l’APIVAR et sûrement l’APITRAZ dès que son syndicat d’apiculture proposera le traitement. Il piège également les varroas avec des cadres à mâles en début de saison.

Heureusement, il n’est pas trop touché par les frelons asiatiques bien qu’il pose des pièges pour s’en prémunir.

Lorsqu’il visite ses ruches, Nicolas prend des notes directement sur son téléphone: 1 note par ruche. Il y note ses observations, mais également les prochaines actions à venir sur ses notes afin d’organiser chez lui le travail à venir.

écoute podcast apiculteurs abeilles nature

Transcription de l’interview

Interview Nicolas

Guillaume : Bonsoir Nicolas. Merci beaucoup pour ta disponibilité.

Nicolas : Merci pour cette rencontre.

Guillaume : J’aime bien cet aspect confrérie de l’apiculture. On échange sur nos pratiques, nos petits trucs et astuces pour les partager. Comme il n’y a pas vraiment de concurrence entre les apiculteurs…

Nicolas : Je ne le ressens pas comme ça non plus.

Guillaume : Quand a commencé ton histoire avec les abeilles ?

Nicolas : Ça a commencé au début du lycée, pendant les vacances scolaires. On était allé visiter une miellerie avec mes parents en Ardèche parce qu’on ne savait pas comment ça se passait. L’apiculteur avait à peu près 700 ruches à l’époque et il avait un atelier de transformation pour faire des biscuits sablés au miel. Mes parents étaient un peu fauchés, je n’avais pas de petit boulot pour me faire un peu d’argent… Puis au bout de quelques mois, je me suis dit : pourquoi je n’aurais pas des abeilles ? C’est vraiment parti de rien.

Guillaume : Tu as donc commencé à cet âge-là ?

Nicolas : En fait, j’étais dans un lycée agricole à côté de Nîmes. J’y ai fait de l’agronomie et un peu de gestion de l’environnement… des trucs tout à fait scolaires quoi. Et j’ai découvert après coup qu’il y avait une exploitation apicole au sein même du lycée – entre 200 et 300 ruches –    et qu’ils vendaient aux commerces de la région. L’apiculteur qui gérait ça était un ancien agriculteur qui pour assurer sa retraite avait cherché du travail salarié et avait fini par intégrer l’équipe du lycée – qui faisait aussi de la viticulture et de l’arboriculture. J’ai donc pris contact avec lui et il était heureux d’avoir quelqu’un avec qui partager son métier. J’ai passé deux étés avec lui et c’est comme ça que je me suis formé.

Guillaume : Tu es toujours amateur aujourd’hui ?

Nicolas : Oui, j’ai tout juste une trentaine de colonies.

Guillaume : Est-ce que tes ruches sont loin de chez toi ?

Nicolas : J’habite à une quinzaine de kilomètres de Nîmes et en ce moment, pour l’hivernage, mes ruches sont au bord du Vistre, une rivière qui se jette dans le Vidourle. Il y a une plaine tout autour et c’est humide l’été, avec pas mal de fleurs. C’est donc un environnement plutôt propice. Autour de Nîmes, la végétation est assez précoce, donc l’hiver n’est jamais très long.

Guillaume : Tu fais partie des chanceux qui démarrent leur saison vers février…

Nicolas : Alors, est-ce que c’est une chance ou une contrainte… ? On arrive à vérifier l’essaimage courant mars et ça peut se prolonger jusque début juin. Donc on court longtemps après les essaims. C’est aussi la contrepartie d’une précocité plutôt sympathique.

Guillaume : Comment est-ce que tu as appris l’apiculture à proprement parler ?

Nicolas : J’ai beaucoup fait ce que font des stagiaires, à savoir des travaux de miellerie… un peu la basse besogne, mais ça fait partie du boulot. A posteriori, je me dis qu’on aurait pu avoir davantage les mains dans les ruches. C’est ce que je conseille au moment de commencer, à savoir comment optimiser l’extension de son cheptel. À l’époque, j’ai passé beaucoup de temps à extraire, à mettre en pot et à transhumer aussi. Ce qui fait que quand j’ai eu mes propres abeilles, je n’ai pas été effrayé par la transhumance. Fermer les ruches, charger, rouler, décharger… c’est quelque chose qui a toujours été familier. J’aurais mieux aimé apprendre à faire des essaims, à trouver une reine et à faire de l’élevage. Ce sont des choses qui me manquent aujourd’hui et que je cherche à développer.

Guillaume : Tu vois donc l’apiculture comme un panel de compétences…

Nicolas : Gérer le cheptel, c’est vraiment pour moi la clé de la réussite. Celui qui est capable de dire que dans un an il veut grossir de 120 % et qui a les outils pour le faire est aussi capable de prévoir tous les aspects pratiques pour ne pas être dans le rush.

Guillaume : Quel est ton objectif dans l’apiculture ? Avoir plus de ruches, faire du miel, de la gelée royale… ?

Nicolas : Pour être honnête, je n’ai pas envie d’avoir beaucoup plus de ruches. Cette année, une partie du cheptel n’a pas produit. J’aimerais donc à terme optimiser la productivité de ces 30 ruches. Je pense que quand on a plus de caisses, on passe beaucoup de temps dans le transport ou dans la gestion d’emplacements. Je préfère optimiser 30 caisses que mal gérer 50. Avec tout ce qu’il faut autour pour avoir un peu de sécurité, de sorte à toujours avoir 30 colonies en production – une dizaine de ruchettes pour dépanner au printemps ou les vendre si je n’en ai pas besoin… Il y a plein de façons de financer son apiculture.

Guillaume : C’est intéressant. Pour être autosuffisant en quelque sorte…

Nicolas : Oui, ce serait bien. Je travaille avec mon épouse et on s’est mis d’accord pour développer l’activité en finançant l’achat des dernières caisses avec l’argent du ménage. En même temps, quand on arrive à générer de l’argent avec l’activité apicole, c’est le ménage qui en profite.

Guillaume : C’est vrai que ça représente un sacré budget… Tu tiens une comptabilité ?

Nicolas : Depuis pas longtemps. Ça fait trois ans et demi que je fonctionne avec un budget et je vais commencer une vraie comptabilité cette année. Le budget donne une bonne indication, parce que tu sais ce que tu veux acheter, tu as une idée du prix que tu peux y mettre et tu vois ce que tu dépenses. De même quand tu vends, tu sais ce que tu vends. Pour le coup, on est un peu dans le négatif, mais on sait que pour 2021 on n’a plus de matériel à acheter.

Guillaume : Tu utilises quel type de ruches ?

Nicolas : La Langstroth. Un peu à l’opposé de ce que fait tout le monde…

Guillaume : Pourquoi avoir choisi ce modèle ?

Nicolas : À l’origine, j’étais un peu gringalet… Et sachant qu’une Dadant pleine pèse 50 kilos, je n’étais pas capable de trimbaler autant. À l’époque, je faisais un peu de transhumance et je louais chez des arboriculteurs. C’est pour cette raison que j’ai choisi un format plus petit. Puis je me suis aperçu que ça hivernait très bien également. Ça ne me gêne pas d’avoir des colonies plus petites.

Guillaume : Selon toi, quelle est la durée de vie d’une ruche en bois ?

Nicolas : Les premières que j’ai eues étaient peintes avec de la peinture glycéro et elles ont périclité il y a trois ou quatre ans. Ça a donc fait une quinzaine d’années. Depuis que j’ai renouvelé ces ruches-là, j’utilise de la cire microcristalline – une cire de pétrole utilisée pour imprégner le bois à chaud. On fait fondre la cire et on trempe la ruche dedans. Une partie de l’eau contenue dans le bois s’en échappe et c’est la cire qui prend la place. Ainsi, la ruche est imputrescible.

Guillaume : Comment fais-tu pour traiter la ruche lorsqu’une colonie est morte ?

Nicolas : J’ai deux options. Si une colonie s’est effondrée – et dans ce cas-là, il n’y a pas de problème d’insectes ou de rongeurs qui auraient dégradé le bois, je passe rapidement un coup de chalumeau et la ruche retourne dans le circuit. S’il y a des problèmes sanitaires – du  couvain mort, de la teigne, etc., la ruche repasse par un bain de cire microcristalline à 140-160 degrés qui ne laisse aucune chance à tous les parasites.

Guillaume : Combien de temps dure le trempage ?

Nicolas : Quand la ruche est neuve, c’est assez long, environ 10-15 minutes. Pour un passage sanitaire, c’est à peu près pareil.

Guillaume : Ça fait donc 15 ans que tu pratiques ?

Nicolas : J’avais entre 17 et 20 ans quand j’ai commencé, j’en ai 42. Il y a eu des hauts et des bas. Quand on construit une maison ou qu’on a un petit garçon qui arrive, on s’occupe moins de ses abeilles. Je n’ai pas toujours été l’apiculteur consciencieux que je suis aujourd’hui. J’estime même que j’ai été un mauvais apiculteur d’un point de vue sanitaire. Mais c’est fini. J’ai appris ce qu’était le varroa… Je dirais qu’on apprend très vite quand les colonies meurent.

Guillaume : Comment as-tu continué à te former, notamment sur le varroa et la gestion sanitaire de tes ruches ?

Nicolas : Je suis resté longtemps sans me former. Pendant une dizaine d’années, j’ai vivoté sur les bases que j’avais lues dans les livres à partir de la crise du varroa – quand j’ai commencé, il n’y en avait presque pas. Du coup, beaucoup de mes colonies ont périclité. Puis un jour, je me suis dit qu’il fallait que j’arrive à perfectionner ma méthode pour diviser les colonies et à assurer la gestion sanitaire. Je me suis donc mis à fouiller un peu partout dans les livres, mais je n’étais pas trop satisfait. J’ai aussi regardé les réseaux sociaux, mais il y a également beaucoup de tri à faire. Puis j’ai découvert YouTube, qui présente l’avantage de montrer des gens à l’action, de voir si leur discours est cohérent et de se faire une opinion. Il y a quelques chaînes gérées par des gens déjà bien documentés, dont c’est le métier, et qui ont une approche à la fois pragmatique et accessible (Une Saison Aux Abeilles et Fred l’Apiculteur pour les citer). Fred est un apiculteur belge qui fait de l’élevage de reines et dont la gestion varroa est irréprochable. Cette année, il a fait 60 kilos  en moyenne par ruche. Pour arriver à un tel niveau de productivité, il n’y a pas de place à l’erreur.

Guillaume : Tu connais le taux de mortalité de ses ruches ?

Nicolas : J’imagine qu’il est très faible parce qu’il est capable de gérer les reines, de les remplacer et de les produire lui-même, voire de les sélectionner. Il maîtrise les facteurs limitants et son environnement lui permet aussi d’avoir ce niveau de production.

Guillaume : Pour ta part, quelle est ton approche pour traiter le varroa ?

Nicolas : J’avoue que je n’ai pas été très innovant, mais je me suis appliqué à utiliser des produits qui ont déjà une AMM (autorisation de mise sur le marché). Ça me paraît très important, surtout au vu de ce qui est publié depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, à savoir qu’une répression va visiblement être mise en place. Je n’ai pas tous les détails, mais ça risque de devenir compliqué pour les gens qui utilisent des produits sans AMM.

Guillaume : Tu penses au thymol par exemple ?

Nicolas : Non, le thymol a des formulations qui sont autorisées. Souvent, le problème de l’AMM n’est pas tellement celui de la matière active, mais de sa formulation et du produit commercial. Ça veut dire qu’on peut prendre du thymol qui a un effet contre le varroa, mais s’il est mal utilisé, il peut être dangereux pour les abeilles et même pour l’homme.  Pour un médicament avec une AMM, la concentration, la quantité et le mode d’application à utiliser sont détaillés, ce qui évite aux apiculteurs de faire des erreurs. Moi, j’utilise des produits de synthèse avec AMM, à savoir l’Apivar depuis trois ans, et le GDSA (Groupement de Défense Sanitaire Apicole) dont je fais partie va certainement proposer cette année de l’Apitraz. C’est aussi une matière active de synthèse formulée et appliquée sur des bandelettes, mais qui n’est pas de la même famille chimique que l’Apivar. Je pense que je vais changer cette année en attendant d’avoir une stratégie un peu plus intégrée et constante. Je pense que si on combat le varroa tout au long de la saison, on évite de tomber dans des quantités qui ne deviennent plus gérables par la ruche. (…) Du coup, cette année, j’ai commencé à utiliser des cadres à mâles pour faire du « piégeage », parce qu’on sait que le varroa est attiré par le couvain de mâles, son cycle étant plus long et plus en phase avec le sien.

Guillaume : Tu fais ça à quel moment ?

Nicolas : J’essaie d’hiverner entre 7 et 9 cadres idéalement, pour qu’il y ait toujours une partition pendant l’hiver. C’est une des premières opérations que je fais quand la colonie grossit au printemps. Au lieu de mettre une feuille de cire classique dans un cadre complet, je mets un cadre à mâles. Ça veut dire qu’une partie a une cire gaufrée classique format d’ouvrières et un espace vide. Et vu que c’est le seul espace vide disponible dans la ruche à ce moment-là, les ouvrières vont souvent construire un rayon constitué d’alvéoles de mâles. Une fois que le couvain est installé et operculé, je le retire de la ruche.

Guillaume : Et tu en fais quoi après ?

Nicolas : Je m’arrange pour récupérer la cire.

Guillaume : Je me demandais justement si on pouvait le jeter dans la nature, auquel cas le varroa risque de survivre, ou si on devait le mettre au feu…

Nicolas : Idéalement, le varroa ne peut pas remonter dans la ruche. Un cadre à deux mètres de la ruche… Par contre, les mâles ou les ouvrières qui viendraient piller sur ce cadre pourraient ramener du varroa dans la ruche. C’est pour ça qu’il ne faut pas laisser les bâtisses avec du couvain ou quoi que ce soit au rucher.

Guillaume : Il faudrait donc plus le congeler ou le brûler selon toi ?

Nicolas : Le congeler permet de le fondre plus tard. Parce qu’on peut se retrouver en fin de saison avec deux ou trois bas de cadres pour chaque ruche. Du coup, certains apiculteurs utilisent ça pour produire de la cire qui plus est de très bonne qualité parce qu’elle vient d’être construite et qu’elle n’a subi aucun traitement.

Guillaume : D’ailleurs, comment fais-tu fondre ta cire ?

Nicolas : C’est un des problèmes que je gère actuellement et qui me coûte cher. Je ramasse tout ce qui est fausses bâtisses en trimbalant un petit seau pendant la saison et j’arrive toujours en fin de saison à en avoir un ou deux kilos – ce n’est pas rien. Ensuite, les opercules, c’est de la cire vierge (comme les fausses bâtisses) que je fonds et que j’identifie clairement. Et quand j’en ai accumulé assez, je la ramène chez le cirier pour lui faire faire de la cire gaufrée.

Guillaume : Certains la font fondre avec le soleil, d’autres avec la vapeur…

Nicolas : Je voulais acheter un cérificateur solaire. Ça marche très bien dans notre région parce qu’il fait très chaud l’été. Sinon, si on n’a pas beaucoup de ruches, une bonne vieille marmite fait l’affaire.

Guillaume : J’aurais peur que ça brûle au fond…

Nicolas : En fait, il faut rajouter de l’eau (1 litre pour une marmite de 10 litres). Ça évite que la marmite chauffe à plus de 100 degrés et ainsi les problèmes d’auto-ignition – la cire qui prend feu toute seule. C’est très dangereux et c’est pour ça que je m’arrange pour faire ça dehors. On met des brèches dans la marmite et quand elle est pleine on fait fondre. Un coup à la passoire et on peut mettre ça dans des moules (à cake) en silicone.

Guillaume : Et à ce moment-là, l’eau et la cire se dissocient…

Nicolas : L’eau ne se mélange jamais quand la cire a refroidi. Aussi le miel qui serait resté sur les opercules est dissous dans l’eau.

Guillaume : Bien vu. Actuellement, quelle est la plus grande difficulté que tu rencontres avec tes ruches ?

Nicolas : Il y a le trou de miellée. Parce qu’on est dans une région où il fait très sec à partir du 10 juin et ce jusqu’à l’automne. Donc si on n’a pas de cicadelles (Metcalfa) – un insecte qui sécrète du miellat sur la végétation – et qu’il a fait sec au printemps, on peut avoir peu ou pas de production. C’est une difficulté qu’on peut gérer en transhumant. Ensuite, il y a la production de reines, de sorte à avoir des reines jeunes tout le temps. J’espère que je saurai faire bientôt et que ce ne sera plus une difficulté.

Guillaume : À ce sujet, penses-tu qu’il soit possible d’hiverner des reines avec très peu d’abeilles ? Par exemple, en créant un cheptel de reines qu’on mettra dans des ruchettes type Apidea ou Miniplus avec 50, 60 ou 100 abeilles. Est-ce que tu penses que ça peut tenir l’hiver ?

Nicolas : Non. L’Apidea, je crois qu’il lui faut au moins un volume d’un verre d’abeilles (20 cl). On est loin des 50 abeilles. Une Miniplus, c’est six cadrons, soit à peu près trois cadres de hausse. Pour hiverner, vu que c’est une petite unité, il faut qu’elle soit bien pleine au moment de l’hivernage.

Guillaume : On pourrait donc développer des reines pendant la saison et leur faire passer l’hiver avec seulement trois cadres de hausse, par exemple pour la Miniplus, pour les remettre en ruchette au début de la saison suivante…

Nicolas : Voilà. Tu fais un essaim artificiel et tu introduis des reines fécondées de l’année d’avant. Ça fonctionne. Après, je ne suis pas sûr que les Apidea soient suffisamment grandes pour hiverner. De mémoire, les éleveurs de reines qui utilisent des Apidea les vident pour l’hiver ou les regroupent. Je crois qu’il est possible de les empiler par trois ou quatre pour avoir un volume suffisant et avoir une quantité d’abeilles importante. On garde une reine dans trois ou quatre unités ou, au printemps, on peut rediviser ou réintroduire des reines. Pour revenir sur les difficultés, on ne va pas passer sous silence le varroa et le frelon. Pour moi, ce sont les deux challenges qui nous restent. Je n’ai pas encore été méchamment confronté au frelon, donc le piège classique de la bouteille m’a suffi. J’ai seulement un rucher qui a été pas mal impacté parce qu’il était dans un endroit avec des sous-bois. J’ai quand même acheté quelques pièges un peu plus évolués pour être paré à toute éventualité au printemps. Grosso modo les pièges rouges que vend Icko mais que j’ai modifiés à ma sauce, avec des cônes un peu différents de ceux qui étaient proposés.

Guillaume : Et en mélange à l’intérieur… ?

Nicolas : Je fais un mélange de bière, de vin blanc et de sirop de cassis et je m’arrange pour qu’il ne soit pas accessible directement par les frelons.

Guillaume : C’est aussi efficace pour les frelons européens ?

Nicolas : Les bouteilles piègent aussi bien les frelons asiatiques que les européens. Pour d’autres pièges, le cône a le calibre exact pour le passage du frelon asiatique – l’européen est plus gros. Le cône que j’ai mis sur ces pièges-là est fait en partie avec une grille à reine qui permet aux abeilles qui seraient attirées d’en sortir. L’idée n’est pas non plus de piéger les guêpes ni les frelons européens, qui ont leur utilité dans notre écosystème. Je pense que c’est même la clé de notre lutte contre le frelon asiatique. Si on arrive à ne pas trop pénaliser le frelon européen, il va y avoir une concurrence. Les deux n’ont pas du tout la même stratégie, en témoigne le nombre d’individus par nid. Pour ma part, j’ai encore besoin d’apprendre sur ce sujet.

Guillaume : J’ai justement partagé ce qu’a fait un apiculteur en Savoie en termes de conseils et de pièges maison très intéressants. En ce qui concerne la gestion de ton rucher, quelles sont tes habitudes, à savoir la fréquence à laquelle tu y vas ?

Nicolas : Jusqu’en février-mars, une fois toutes les deux ou trois semaines. Mis à part le poids pendant l’hivernage, il n’y a pas grand-chose à surveiller. On vérifie s’il y a du passage de gros gibier, des ruches renversées, des branches qui tombent après un coup de vent… C’est de la pure logistique. À partir de février-mars, selon la météo… Il m’est arrivé de faire des visites de printemps en février. On ouvre les ruches, on vérifie qu’il fait au moins 18 degrés en plein soleil sans vent… J’estime que si je suis rapide, je ne pénaliserai pas la colonie. Et si elle a encore des réserves et qu’elle est encore grosse, je peux me permettre un peu de curiosité. Soit on ouvre pour contrôler l’expansion du couvain, si la colonie est grosse, soit pour contrôler la quantité des réserves, auquel cas on est capable de proposer un demi-pain de candi, par exemple, si c’est léger. Jusqu’en mars, il faut être modéré dans l’ouverture, mais surveiller tous les 7-10 jours. Ensuite, ça s’accélère et on y passe minimum une fois par semaine, mais pas plus qu’une fois tous les 5 jours quand on fait les cellules. Quand on a plusieurs ruchers, on peut décaler les visites dans la semaine au lieu de tout faire le samedi. Ça permet d’anticiper des mouvements de colonies, des divisions ou des renforcements, et éventuellement d’équilibrer.

Guillaume : Comment fais-tu le suivi de tes ruches ?

Nicolas : J’utilise le bloc-notes de mon téléphone, avec une note par rucher – j’en ai quatre ou cinq. Certains ne servent que l’été, d’autres pour l’hivernage. J’ai rarement plus de deux ou trois ruchers qui sont actifs en même temps. Du coup, je note la date et le numéro de la ruche et j’empile les observations à l’ouverture, à savoir si le couvain est visible ou non, s’il y a des œufs, si les réserves sont suffisantes… Puis je note ce qu’il y a à faire la semaine suivante (retirer les nourricières, débroussailler, remplir l’abreuvoir…) et éventuellement ce que je dois ramener (des hausses, des cadres, des cires gaufrées…) pour toujours avoir un coup d’avance. Avant de partir, je relis mes notes pour être sûr de ne rien oublier. Généralement, il y a une tendance qui se dégage : est-ce qu’elles sont toutes en train de faire des cellules, est-ce qu’elles ont toutes une hausse à moitié pleine, est-ce que les reines de l’an dernier sont en avance par rapport aux reines d’il y a deux ans, est-ce que celles d’il y a deux ans vont essaimer et pas celles de l’an dernier…

Guillaume : Est-ce que tu observes une tendance au niveau du rucher ou il y a des disparités entre les ruches d’un même rucher ?

Nicolas : C’est assez fonction de l’âge de la reine. J’ai acheté des reines l’an dernier et l’année d’avant et je me suis aperçu que les reines du même âge ont le même comportement. Dans le monde parfait de la théorie, j’aurais deux ou trois ruchers avec des ruches rangées selon l’âge des reines. Une reine qui a eu seulement un hiver et qui redémarre ne va pas se comporter comme une reine qui a deux ou trois ans et qui est plutôt en fin de course. Si tu arrives à ranger tes ruches selon l’âge des reines, tu as vraiment un rucher homogène. Le contenant peut aussi avoir un rôle dans leur comportement, à savoir est-ce que les ruches ont toutes un fond grillagé, un toit isolé ou au contraire un fond plein, un toit en tôle et rien dessous, pas de réduction d’entrée… On peut jouer sur ces facteurs pour accélérer ou freiner. Pour revenir sur les visites, pendant le trou de miellée, on les espace davantage. Ça ne sert à rien de visiter pour visiter. Ça peut aussi être l’occasion de mieux connaître l’emplacement : est-ce qu’il y a une miellée que je ne connaissais pas, est-ce qu’il y a des frelons ou pas… Ce n’est pas parce qu’il y a un trou de miellée qu’on ne va pas aller voir ce qui se passe au rucher. Pendant le traitement, on les embête un peu moins, et à l’automne, on vérifie la présence de la reine, la ponte et la quantité d’abeilles en moyenne tous les 10 jours pour gérer les dernières miellées, notamment avec le miel de lierre qui arrive en fin de saison. En regardant les ruches, on peut savoir quand le lierre fleurit. En fin de saison, on fait bien attention, notamment à ne pas blesser la reine, s’il n’y a pas de trou dans la ruche… au risque de mettre en péril l’hivernage.

Guillaume : Tu réduis les entrées pendant l’hivernage ?

Nicolas : Oui, je mets des portes d’entrée. Le trou d’envol fait à peu près 1,5 cm de haut et avec la porte, il est réduit à la hauteur d’une abeille. La longueur du trou disponible est donc divisée par deux. Pour les ruchettes, il n’y a que cinq ou six trous, donc c’est facile pour elles de défendre leur espace. À l’exception des guêpes, le frelon ne peut pas entrer, de même que le lézard, la souris, le sphinx tête-de-mort… même les fourmis font moins les malignes ! Puis quand il fait plus frais et plus sec, tu peux débroussailler pour maintenir l’emplacement propre… Il faut optimiser les déplacements.

Guillaume : Comment gères-tu l’hivernage ? En achetant du sirop lourd et du candi, ou bien tu fabriques toi-même ?

Nicolas : Je l’achète. Quand tu choisis le candi chez le fabricant, il te propose un produit qui est déjà homogène et stable dans le temps. Pour l’Apifonda, tu peux le garder un été et un hiver, et quand tu le ressors, tu le mets au chaud dans ta maison et il retrouve sa consistance. J’ai deux cartons qui ont passé pas loin d’une année dans mon garage et que je vais bientôt rentrer dans la maison pour qu’il se réchauffe. Parce qu’autour du 15 décembre, je passe sous-peser sans ouvrir et je distribue un demi-pain de candi quand la colonie est légère.

Guillaume : Tu soupèses comment ?

Nicolas : Je soulève avec mes bras. Au moment de mettre en hivernage, tu fais une liste des colonies les plus lourdes. Ce sont les premières que tu vas regarder et suivre pendant cette période. Une ruche vide n’est pas si lourde que ça, donc tu t’aperçois assez vite s’il y a quelque chose qui cloche. De même, une ruche qui serait légère à gauche et lourde à droite, ça ne veut pas dire qu’elle est légère. Donc si ta partition est à gauche et que la colonie est à droite, c’est normal. En revanche, je n’ai jamais fait de nourrissement l’été – comme le fait Léandre [sur sa chaîne YouTube Une Saison Aux Abeilles] avec du sirop lourd au mois d’août pour compléter les réserves. Comme je ne suis pas dans une région où il fait froid, leurs réserves leur permettent d’atteindre à coup sûr le 15 décembre. C’est la date à laquelle je fais un passage pour le poids, le candi et l’acide oxalique que j’applique par dégouttement. En faisant le dégouttement, tu vois la colonie – sans sortir les cadres, mais au-dessus, ce qui te permet de savoir s’il faut la nourrir ou pas.

Guillaume : Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans l’apiculture – sans pour autant en faire son métier ?

Nicolas : Ne reste pas chez toi. Prends trois mois au printemps (au moins mars-avril-mai) pour faire de l’apiculture avec un pro – c’est ce que je rêve de faire encore aujourd’hui. Et si tu n’as pas les moyens de faire ça, tu vas au rucher école, tu regardes les vidéos de Léandre… et tu choisis bien le format de tes ruches. La Dadant est certes une généralité, mais pas une panacée ! Dans ma région, je trouve qu’il fait trop sec et la Dadant n’est jamais pleine. Il y a toujours un creux de miellée. Aussi, il faut vraiment gérer le volume avec une partition tout le temps – en Langstroth et a fortiori en Dadant. Partition n’est pas punition !


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